La société des inconnus

7 juin 2012

Critiques culturelles

La société des inconnus

Histoire naturelle de la collectivité humaine

Paul Seabright

 

 

Présentation de l’auteur

Paul Seabright, diplômé de l’université d’Oxford, est professeur d’économie à l’université de Toulouse. Spécialiste en économie des organisations et en politique de la concurrence, il a publié plusieurs livres, dont:

-The Vanishing Rouble: Barter Networks and Non-Monetary Transactions in Post-Soviet Societies, 2000

- Integration and the Regions of Europe: How the Right Policies Can Prevent Polarization, 2000) et

- The Company of Strangers: A Natural History of Economic Life, 2004, 2010.

Traduction française: La société des inconnus: Histoire naturelle de la collectivité humaine, 2011.

 

Introduction


Le constat d’une interdépendance forte

L’auteur part d’un constat : je ne connais pas mon banquier et pourtant je lui confie mon argent, plutôt que de le cacher sous mon matelas. De même, je confie ma vie aux pilotes d’avion ; je mange au restaurant sans craindre une intoxication. Nous dépendons donc, pour la totalité de nos activités, des autres hommes. Et c’est là, avec la parole, la caractéristique du comportement humain qui distingue l’homme de toutes les autres espèces animales, sans exception. Homo sapiens sapiens est, en effet, le seul animal à pratiquer un partage des tâches sophistiqué entre des membres d’une même espèce, sans lien génétique. Selon Seabright, la vie humaine est impossible sans la « compagnie des étrangers », ces humains qui n’appartiennent pas à notre famille même éloignée, et que le plus souvent nous n’avons jamais rencontrés, ou que nous ne rencontrerons jamais plus.

Les intérêts de la coopération

L’auteur débute alors son propos en mettant en évidence la manière dont la confiance peut se traduire par des bénéfices considérables pour les sociétés capables de la mettre en œuvre. Ces bénéfices proviennent, pour l’essentiel, de la spécialisation et du partage des risques.

La coopération entre un grand nombre d’individus permet, en application des  lois de la statistique, de réduire et de partager les risques individuels. Par exemple, les poissons nageant en bancs pour leur sécurité font instinctivement usage de la loi des grands nombres. De même, historiquement, le commerce a été un moyen de partager les risques, chaque communauté étant alors moins vulnérable aux désastres géographiquement limités. Ainsi, dans l’histoire, beaucoup de communautés en situation d’autarcie ont eu des taux de mortalités, dus aux maladies et à la famine,  plus élevés que celles pratiquant le commerce.

Par ailleurs, les grands nombres permettent la spécialisation. En effet, lorsqu’un groupe suffisamment grand d’individus coopère pour vivre, les individus peuvent se concentrer sur certaines tâches, en retirant ainsi un avantage comparatif, selon la théorie de David Ricardo.

Le caractère peu naturel de la coopération de masse

  Malgré les intérêts de la coopération et de la confiance, ce phénomène de division du travail entre étrangers est unique dans le règne animal, comme l’expose Paul Seabright. En effet, il souligne que les espèces animales peuvent coopérer, mais seulement entre individus tenus par des liens de parenté, par le partage du patrimoine génétique. Il existe parfois des formes de coopération ponctuelle entre espèces non concurrentes pour des ressources. En revanche, des animaux de la même espèce, en compétition sexuelle ou pour des ressources ne coopèrent pas naturellement et pas à une échelle si importante. Cette coopération a pu être observée chez les épinoches ou les lions mais au sein de groupes très restreints.

Il est vrai que, longtemps, homo sapiens sapiens a arpenté la planète avec méfiance, par crainte des rapines ou des meurtres auxquels les autres l’exposaient. Le clan se composait exclusivement de la parentèle, car le lien familial était source de confiance. Mais, depuis le néolithique, une division du travail s’est progressivement instaurée, créant des solidarités de fait entre groupes humains, amenant chacun à faire confiance inconsciemment à de parfaits inconnus. D’où vient alors le fait que nous dépendions pour les produits les plus simples d’une myriade de personnes qui nous sont inconnues, alors même que nos instincts primaires nous poussent à la défiance ? Comment une telle organisation sociale peut-elle fonctionner ?

 1.     Les fondements de la coopération

1.1. La théorie de la vision tunnel

Paul Seabright explique alors, dans un premier chapitre, comment nous en sommes arrivés là et développe sa théorie de la « vision tunnel ». La société fonctionne parce que ses membres sont dotés d’une « vision tunnel » qui leur permet de se focaliser sur une petite part d’activité, aboutissant, par leur agrégat, à la réalisation de tâches d’une complexité qui dépasserait les capacités d’un individu seul. L’étroitesse de vue n’est cependant pas la même chose que la motivation du profit seule, les motivations humaines étant plus riches que cela. Chacun de nous poursuit ses propres objectifs individualistes, qui peuvent être très différents de ceux des autres, mais compte cependant sur ces autres pour les atteindre. Il ne s’agit pas là du miracle de la main invisible du marché, comme le pensait Adam Smith, mais du miracle des institutions qui ont progressivement permis que la confiance s’instaure entre inconnus, facilitant des coopérations en général mutuellement bénéfiques. Cette vision rétrécie est ce qui permet la spécialisation mais elle est aussi ce qui nous conduit à négliger les conséquences de nos actes, conduisant donc à la fois aux plus grandes réalisations humaines et aux pires.

1.2. La théorie de la réciprocité forte et du calcul rationnel

La seconde partie du livre expose un autre fondement de la confiance. Elle montre que deux capacités biologiques ont été nécessaires à l’apparition de la coopération, permettant la division du travail : la capacité de calcul rationnel, et la réciprocité forte. La réciprocité forte est la capacité de répondre à la coopération par la coopération, et à la brutalité par la brutalité.

Séparément, aucune de ces deux capacités ne permet la coopération. En effet, le calcul rationnel à lui seul conduit souvent au comportement opportuniste, comme le démontre la théorie des jeux. Mais le calcul rationnel et la réciprocité forte, pris ensemble, rendent la coopération possible, selon Seabright, la réciprocité forte, tempérant l’opportunisme. Décrivant des travaux du type de l’analyse de l’évolution par le biologiste John Maynard Smith, ou les travaux de Darwin, l’auteur nous montre alors comment ces deux capacités, remontant à l’homme du paléolithique nous ont été transmises et ont permis l’apparition du système actuel de confiance. La réciprocité forte et le calcul rationnel font partie, selon Seabright, d’une forme d’intelligence sociale. Or, en vertu de la sélection naturelle, les générations d’enfants sont en moyenne plus intelligentes que la génération de leurs parents, ayant survécu et intégré les acquis de leurs prédécesseurs.


2.  Les institutions créatrices de confiance à l’échelle de l’humanité

2.1. La nécessité de mettre en place des institutions

La biologie et la psychologie ne peuvent fournir, toutefois, à elles seules la solution au développement de la confiance chez les hommes. Cette coopération n’aurait, en effet, pas non plus été possible sans institutions, c’est-à-dire des « ensembles de règles, pour certaines formelles, pour beaucoup informelles, régissant le comportement en société », comme le définit l’auteur. En effet, elle ne peut reposer seulement sur l’intérêt : si chacun ne poursuivait, en toutes circonstances, que celui-ci, la moindre faille dans le comportement d’autrui entraînerait l’effondrement de toute coopération, «  les voleurs ne pourraient être surveillés que par une police honnête, l’honnêteté de la police ne pourrait être garantie que par la vigilance constante des citoyens, les citoyens ne pourraient demeurer vigilants que sous la double vigilance de leurs voisins, et ainsi de suite », écrit Paul Seabright dans un enchaînement qu’il qualifie de « Suisse au carré ».

Mais faire reposer le lien social sur la seule réciprocité ne serait pas davantage possible : «  La confiance ne tarderait pas à disparaître si les individus pouvaient profiter du comportement coopératif des autres sans apporter leur propre écot ». Les « bonnes poires » finissent toujours par cesser de l’être si elles n’ont rien à gagner en échange. Les institutions doivent donc parvenir à ce que  « l’équilibre entre réciprocité et intérêt individuel tienne bon lorsque des individus peu scrupuleux le mettent à l’épreuve ».

Des institutions sont donc nécessaires, la question reste alors de savoir lesquelles.

  2.2.  La monnaie

Pour Seabright, la monnaie, donc le système bancaire, est une institution qui répond à un double critère nécessaire : elle facilite les échanges, donc l’intérêt personnel de ceux qui vendent, mais repose également sur la confiance. Si la crise de 2007-2008 a été d’une telle violence, c’est parce que le lien de confiance entre les banques s’est rompu, comme il le sera démontré plus avant ultérieurement.

La monnaie doit cependant répondre à un certain nombre de caractéristiques, que l’auteur développe, pour être attractive : elle doit être facile à transporter et à stocker ; elle ne doit pas perdre sa valeur avant d’être revendue ; il faut que n’importe quel individu puisse en reconnaître la valeur ; elle doit être rare ; elle doit être largement acceptée. L’acceptabilité de la monnaie repose donc, pour partie, sur ce que les gens pensent de son acceptabilité future. Elle est, en cela, fragile car elle est fondée sur la confiance.

2.3. La propriété

Parmi les institutions qui ont permis l’intégration de la confiance dans les relations entre étrangers, la propriété a joué un grand rôle. Elle est composée d’un ensemble de règles déterminant qui a le droit de gérer les diverses ressources de notre environnement, d’en récolter les fruits et de les distribuer aux autres. L’auteur illustre alors son propos avec un exemple : si A doit prêter de l’argent à B, il faut que A soit assuré que les ressources dont dispose actuellement B seront protégées jusqu’au moment du remboursement, peu important la confiance accordée par A aux bonnes intentions de B.

  2.4. La stratégie commerciale

L’émergence des villes rendit possible la coordination d’armées plus importantes et dangereuses, ce qui avait pour conséquence de susciter la crainte de leurs voisins et ennemis. La compétition entre cités devint alors plus intense. Pour autant, certaines sociétés choisirent une stratégie différente, celle de « rechercher la force par la prospérité, plutôt que la prospérité par la force », selon Paul Seabright.  Dans ces cités, la production et le commerce finançaient la défense et cette stratégie de défense nécessitait alors de traiter certains voisins comme des ressources et non comme des menaces.

La stratégie commerciale fut donc une source de coopération au niveau mondial.

3. Les externalités négatives

L’auteur montre, dans une troisième partie, que les qualités et institutions mêmes qui ont fait le miracle de la coopération humaine à grande échelle, ont aussi été créatrices de défauts, d’externalités négatives. La vision tunnel, à l’origine de la faculté de coordination et de division du travail, a ainsi pu conduire à des conséquences inattendues.

Ces éléments mettent en évidence la fragilité des institutions qui avaient pour vocation de favoriser la confiance.

3.1. Les villes

La croissance des villes, résultat de l’agrégat de multiples décisions individuelles, exemple de la vision-tunnel, a conduit au développement d’environnements parmi les plus créatifs de l’histoire. Pour autant, cela a aussi amené pollutions et épidémies sur une échelle plus importante que jamais.

En effet, l’évacuation des eaux usées a été un problème pour l’humanité depuis les prémices de la sédentarisation. Il fit des grandes villes des foyers d’infection tout autant que de créativité, jusqu’au XIXe siècle et aux premiers travaux à grande échelle de construction d’égouts. Or, aujourd’hui, les sociétés tendent à exporter leur pollution au loin. Mais cette solution sera bien vite limitée par la taille de la Terre, si bien que la politique d’exportation des polluants ne sera bientôt plus possible. Il avance alors que nos institutions politiques ne sont pas à la hauteur du défi toxique que pose notre mode de vie.

3.2. La persistance de la misère dans un monde d’abondance

La société moderne exclut de ses bienfaits certains individus, les pauvres et les malades, et, en cela, la division du travail est à blâmer. Ce sont des victimes de la société occidentale moderne qui repose sur la division du travail et qui les rend sensible aux défauts de confiance. En effet, la division du travail requiert de certaines personnes qu’elles dépendent de la confiance des autres pour pouvoir se spécialiser. Cela les soumet alors à un risque de chômage, si la confiance est perdue.

D’autres individus font face à l’exclusion, non pas parce qu’ils sont au chômage mais parce qu’ils sont malades, qu’ils soient dépressifs ou suicidaires. Or, ce sont les biens portants qui décident pour les malades, en décidant, via différent niveaux d’assurance-maladie, combien dépenser pour les soins aux malades. Par ailleurs, les biens-portants ont la mainmise sur la ventilation des budgets alloués à la santé. Ceci peut être fait que par quelqu’un disposant de compétences médicales et peut se faire en conseillant une personne malade dans les différents choix à faire parmi les traitements disponibles. Le patient fait confiance au médecin pour agir à sa place mais les consultations médicales se font quasiment toutes au nom d’un financeur.

C’est en cela que l’ouvrage montre que malades et chômeurs peuvent se retrouver exclus du système de confiance.

3.3. Focus sur la crise de 2008

  Selon Seabright, à l’origine de la crise financière de 2008 était essentiellement un défaut de confiance sociale à très grande échelle.

Or, c’est  le succès des plus ambitieuses de nos institutions destinées à promouvoir la confiance qui a causé tant de dégâts. A un boom durant lequel trop de gens se fiaient les yeux fermés à la capacité des autres à prendre à leur place des décisions difficiles relatives aux risques, succéda un crash dans lequel tout le monde réévalua la confiance qu’il accordait aux autres sur des décisions de ce genre.

L’auteur fait remonter les racines de cet optimisme excessif aussi loin que la crise bancaire américaine de 1929 et que la croyance qui s’ensuivit que nous en savions désormais suffisamment sur ses causes pour éviter que quoi que ce soit de similaire se reproduise jamais. Il y eut, ensuite, une période de confiance exacerbée qui a conduit, selon l’auteur, à une grande stabilité du système jusqu’à la survenance de la crise actuelle. Dans une société moderne aussi complexe que la nôtre, il est, en effet rassurant de laisser les autres décider pour nous et de ne pas avoir besoin d’être un expert en finance pour pouvoir utiliser le système bancaire.

Cependant l’efficacité de ce système bancaire a conduit à l’assoupissement de ceux chargés de le surveiller, par excès de confiance. Et c’est là-même la cause de la crise de 2008. En somme, la crise bancaire est due au fait que trop de gens ont compté sur les autres pour évaluer les risques et au fait que les individus ont pris conscience que ces experts n’en savaient pas beaucoup plus qu’eux. La société est alors entrée dans une ère de défiance.

Pour Paul Seabright, si le système bancaire a commencé de s’effriter en 2007 et 2008, ce n’est pas uniquement parce que le public profane avait cessé de faire confiance aux banques, mais bien parce que les banques elles mêmes, les grands investisseurs institutionnels, avaient cessé de se faire confiance.

Il place donc au cœur de la crise la confiance, réfutant ainsi la théorie marxiste selon laquelle les crises seraient inhérentes au capitalisme industriel moderne. Il estime que les crises ont une cause bien plus profonde que le système capitalistique et dépendent d’une confiance évanescente.

Conclusion 

Tout au long de son ouvrage et de sa réflexion, Paul Seabright fait appel à différents auteurs, qu’il les appuie ou les conteste. En cela, cet ouvrage, au-delà de sa visée économique, constitue, de manière assez inattendue, un livre intéressant de culture générale.

Ainsi, en développant sa théorie d’une division du travail forte, fondée sur la confiance, au sein des sociétés humaines contemporaines, il se place dans la tradition de Durkheim qui prétendait que les communautés villageoises, sociétés traditionnelles, pratiquaient une solidarité mécanique. Les activités étaient peu diversifiées, les fonctions sociales souvent héréditaires, les normes fortement intériorisées. Or, depuis l’apparition de la société industrielle, selon Durkheim, les fonctions sociales se sont spécialisées d’une manière toujours plus fine et plus complexe. La solidarité entre individus est alors devenue une solidarité mécanique.

Par ailleurs, sa notion de « vision tunnel »  rapproche  fortement Paul Seabright de la théorie main invisible d’Adam Smith, qu’il reprend et développe, en ne la fondant pas uniquement sur la recherche de l’intérêt des individus. En effet, pour lui, les motivations humaines sont plus profondes que ça. Il utilise également la théorie de l’avantage comparatif de David Ricardo, dans le cadre de son argumentaire sur la division du travail des individus.  Il reprend, encore, les théories évolutionniste de John Maynard Smith et Darwin.

Et, comme il l’a été vu précédemment, Paul Seabright s’oppose aux théories marxistes qui ont fait du système capitaliste industriel la cause des crises, préférant, lui, l’idée selon laquelle ces crises auraient un fondement plus lointain : les fluctuations de la confiance.

Les critiques

On peut reprocher à Paul Seabright des raisonnements parfois trop simplistes. A vouloir trop simplifier et vulgariser les théories économiques qu’il met en jeu, il tombe par trop souvent dans des explications schématiques, voire simplistes, trop développées, reformulées de trop nombreuses fois, qui alourdissent considérablement son propos.
L’ambition est noble mais il pêche par simplisme.

En ce sens, il semble voir les hommes, dans un contexte de mondialisation, comme se ressemblant presque tous, étant tous les mêmes producteurs et consommateurs. Il essaye de nous donner l’idée d’un homme qui, ici ou là, partout, dans le temps comme dans l’espace, réagirait quasiment de la même manière. Or, si cela simplifie sa démonstration, ce n’est pas totalement vrai et c’est fortement contestable. (La métaphysique de l’homo oeconomicus, sérieusement?)

Par ailleurs, face aux externalités négatives engendrées par notre vision tunnel et notre système de division du travail, Paul Seabright dispense quelques solutions.

Ainsi, s’agissant du problème de la pollution des villes, il propose deux solutions. D’une part, il suggère de transformer les déchets en quelque chose d’inoffensif, voire d’utile. D’autre part, il propose de développer des résistances naturelles, c’est-à-dire de faire jouer la sélection naturelle. Seuls ceux résistants à la toxicité de l’environnement pourront alors devenir des adultes fertiles, transmettant leur résistance à la génération suivante. Seabright reprend là l’argumentaire de Jared Diamond dans De l’inégalité parmi les sociétés.

Plus globalement, pour remédier à la crise de nos institutions, il avance que la solution serait de d’adapter celles-ci aux risques eux-mêmes mais aussi à notre psychologie de chasseur-cueilleur, héritée de nos ancêtres. Or, il ne propose pas de mesures concrètes à cet effet, se contentant d’affirmer  ce principe général, voire généraliste.

 

 

 

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À propos de C.Reg

Étudiante à Sciences po Lyon, master Carrières publiques.

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