Bye Bye Mademoiselle

10 mai 2012

Philosophie, Société

   Ca y est, j’ai rempli mon premier questionnaire en cochant « Madame ». Sans qu’un amoureux transi ne demande ma main, j’ai changé de statut aux yeux de la société, ou du moins aux yeux de l’administration française. La question fait sûrement échos à vos oreilles tant elle a été débattue ces derniers temps. Alors finalement, supprimer la demoiselle ou réintroduire le demoiseau, a-t-on choisi la bonne solution ?

J’ai l’âme aventureuse à l’orée de cet article et j’aimerais franchir une barrière, repousser une frontière : l’institution du genre. Car enfin, quel renseignement apporte de cocher madame ou monsieur, puisqu’il ne nous reste que cette alternative ? Tout simplement l’organe que cache ma culotte et précisément si c’est une culotte ou un slip (kangourou pour les plus nostalgiques) qui doit le cacher. A l’administration, nous devons nous annoncer. Quel sexe la « nature » nous a donné et quel comportement nous devons adopter en conséquence. Et l’administration n’est en ce cas que le triste exemple du fonctionnement sociétal. Le rose et  le bleu ne sont plus tellement d’actualité mais ils ont fait place à des nuances plus subtiles de normalisation des sexes. Un bébé pleure. Si c’est une fille, l’auditoire s’exclamera « la pauvre, elle ne doit pas être bien ». Et quand le valeureux bébé affublé d’un organe extériorisé fera de même, l’on constatera son caractère déjà bien affirmé.

L’Argentine fait exception en matière de genre. Cette semaine, le Sénat Argentin vient d’approuver un projet de loi permettant aux transsexuels et aux travestis de choisir librement leur genre. Là-bas, on peut désormais décider sans l’avis d’un juge ou d’un médecin que son sexe biologique n’est pas en adéquation avec son identité sexuelle. On permet donc au sexe de s’opposer au genre. Avancée dirons certains puisque la cohérence sexe-genre n’est plus une injonction. Pas beaucoup mieux, peut-on rétorquer, puisque  le genre est toujours normatif. Dans son ouvrage Trouble dans le genre, Judith Butler soulève la question : « Pouvons-nous faire référence à un sexe « donné » ou à un genre « donné » sans d’abord nous demander comment, par quels moyens le sexe et/ou le genre est donné ? ». Autre détail : il reste un centième de la population qui ne naît ni avec un sexe masculin ni avec un sexe féminin. Alors que fait-on ? La société hésite, tranche et opère. C’est donc l’héritage d’une signature malheureuse que l’individu porte sa vie durant. Pour ces personnes, et pour toutes les autres, j’aimerais défendre un autre chemin.

Le genre peut et doit être alors considéré, comme l’a évoqué Judith Butler, comme une construction sociale à déconstruire. La question du Mademoiselle ne se pose plus, ne doit plus se poser. Mieux, c’est celle du Monsieur et Madame qui devrait disparaître. Selon ma propre opinion, on pourrait ainsi en arriver à l’androgynie. Daniel Pink, dans son ouvrage L’homme aux deux cerveaux, cite Samuel Taylor Coleridge : « J’ai connu des esprits forts qui avaient des manières imposantes, infaillibles, à la Cobbett ; mais jamais je n’ai rencontré un grand esprit de cette sorte. La vérité est qu’un grand esprit doit être androgyne ». On peut même oser : « le 21ème siècle sera androgyne ou ne sera pas ! ». Alors que les créateurs de mode surfent sur cette vague, il convient de militer sérieusement pour l’androgynie. Daniel Pink y voit la capacité pour un cerveau d’utiliser au mieux ses deux hémisphères, de les mettre chacun à profit dans ce monde en mutation qui se tourne de plus en plus vers les cerveaux droits et dans lequel pourtant le pouvoir réside encore dans les mains des cerveaux gauches.

Mais concrètement, on peut y voir le bénéfice que serait la liberté de refuser la normativité du sexe et du genre. Le comportement ne serait donc plus analysé, catégorisé dans ce qu’il montre de masculin ou de féminin. En quelque sorte, chacun serait libre de choisir son pourcentage de féminité et masculinité, pour peu à peu abolir ces pourcentages qui inondent la société. Plus qu’inonder, ces normes sociales de genre contraignent les individus et participent de leur domination. Foucault a parlé de biopolitique, de pouvoir sur les populations par le contrôle des comportements et notamment des comportements sexuels. C’est donc à la fois pour une société plus égalitaire mais aussi plus libertaire que l’on peut supprimer, après le Mademoiselle, tous les Monsieur et Madame de la terre. L’Etre Humain cesserait par-là d’être faussement naturalisé en hommes et femmes. A bon entendeur humaniste, salut !

Par Mat

Judith Butler, Trouble dans le genre, Le féminisme et la subversion de l’identité, La Découverte, Paris, 2006, 284 pages.

Daniel Pink, L’homme aux deux cerveaux, Apprendre à penser différemment dans un monde nouveau, Robert Laffont, Réponses, Paris, 2007, 278 pages.

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